Trè Bèl Apròch de Franzt Duval 2 Nouveliste

Un ancien candidat à la présidence qui devient le Premier ministre du compétiteur qui a gagné l’élection qu’il n’a pas su remporter est un fait rare dans l’histoire. En Haïti, c’est une première. Jean-Henry Céant est Premier ministre.

À cause de la singularité du cas Céant, arrivé à la Primature après des émeutes dévastatrices pour la carrière de son prédécesseur mais assis sur la même majorité parlementaire, celle de Jovenel Moïse, on ne va pas assister à une cohabitation de rêves contraires mais à une continuité des projets non aboutis, ceux-là mêmes qui ont imposé par leur échec le départ du premier ministre Jack Guy Lafontant.

Céant arrive-t-il à la Primature en tentant une percée louverturienne ou en cultivant le désir de devenir le prochain marassa ? Dans l’un ou l’autre cas de figure, il devra faire vite pour s’imposer.

Habituellement, les nouveaux gouvernements bénéficient d’une période de rodage, un temps de grâce, d’un à trois mois -les fameux cent jours-, pour leur permettre de s’installer, de reconnaître les lieux, de prendre leur marque. Le Premier ministre Jean-Henry Céant n’aura pas ce bonus d’entrée et les raisons qui expliquent que d’emblée le nouveau chef de gouvernement devra se mettre au travail sont nombreuses.

La première raison est d’ordre budgétaire. D’ici au 1er octobre, la nouvelle équipe doit présenter un budget. Depuis les émeutes de juillet, rien n’a encore changé dans le paysage administratif de l’État, et à écouter les promesses renouvelées des responsables de l’administration Moïse-Céant, il semble être urgent de montrer que tout est sous contrôle. Céant et ses équipes doivent vite se mettre au travail.

La deuxième raison tient dans le fait que la politique générale présentée devant les chambres par le Premier ministre ne diffère pas trop de ce que Jack Guy Lafontant exécutait. Jean-Henry Céant a simplement dépoussiéré des phrases du précédent programme et y a ajouté sa touche. La majorité des projets et initiatives sont déjà en chantier ou en panne. Pas besoin de mille heures pour les réviser et les relancer.

Le nouveau PM ne fait que remplacer l’ancien PM sous les ordres du président Jovenel Moïse. Des joueurs changent, la vision demeure.

La troisième raison qui enlève à Jean Henry Céant tous les avantages de l’état de grâce tient à l’attitude du président Jovenel Moïse. Ne voulant laisser aucune marge à son nouveau chef de gouvernement, Jovenel Moïse a fait le rappel de toutes ses promesses et de tous ses projets lors d’une longue interview sur les ondes de Radio Télé Métropole lundi matin, quelques heures avant l’investiture de Céant.

Moïse a tenu à rappeler qui est le chef et quel est le cap.

Comme Jack Guy Lafontant avant lui, Jean Henry Céant est dans l’excitation du moment et les promesses associées au début. Contrairement à Jack Guy Lafontant, le notaire risque de ne pas avoir l’avantage de la période de grâce. La précarité socioéconomique s’est renforcée. Les promesses du président Jovenel Moïse de réduire le train de vie de l’État sont restées lettre morte. D’autres promesses non encore tenues s’empilent. L’ex-leader de Renmen Ayiti y est allé de ses promesses. Lui aussi. Cependant, c’est sur fond d’indifférence populaire, de suspicions d’entente entre clans, cartels d’intérêts économiques, groupes politiques que Jean Henry Céant arrive au pouvoir, aux côtés de six ministres régaliens sauvés du changement de cabinet par Jovenel Moïse.

Jean Henry Céant va donc exécuter ce qui n’avait pas pu l’être. Pas besoin d’état de grâce ni de réflexion pour un projet si simple… sauf si le pays et les faits se rebellent.

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